31.03.2011

Loneliness

Marcus était fin soul.
Il avait organisé chez lui, pour la Saint-Jean, un grand barbecue convivial. Ses voisins et sa famille se mêlaient à ses amis et à ses potes. Il y avait même son ex-femme, venue avec son “nouveau” mari (elle s’était remariée cinq ans auparavant) et il y avait moi, une de ses anciennes amantes occasionnelles, qui m’acharnais à garder le contact avec lui alors que cela faisait quelques temps déjà que nous ne couchions plus ensemble. Je continuais à passer le voir de temps en temps, je faisais parti de ses “vieilles” copines. La plupart des invités me connaissaient de près ou de loin, je faisais parti du paysage.
Il nous avait tous été demandé d’apporter quelque chose à manger, car Marcus, en cette presque fin de mois, n’avait à peu près rien à offrir d’autre que sa terrasse entourée de champs et de propriétés cossues avec vue sur les montagnes.
Les invités avaient commencé à se montrer vers 17h et n’avaient cessé d’affluer régulièrement, seuls ou en convois, jusque tard après le couché du soleil. Marcus connaissait beaucoup de monde et tout ce monde l’aimait beaucoup.

Sur la terrasse, vers 2h du matin, alors que les charbons du barbecue avaient fini de rougir, les bras croisés sur sa table en plastique, l’échine voutée, Marcus pleurait. Trois ou quatre de ses meilleurs et plus vieux amis s’étaient regroupés autour de lui et, tous plus ou moins aussi bourrés que lui, tentaient de le réconforter de leur mieux. Les autres, sans doute par pudeur et discrétion, se tenaient à l'écart.
C’est que Marcus était triste: aucune femme n’avait jamais voulu de lui bien longtemps.
Assise à l’autre bout de la table avec mon verre de punch presque vide, un peu tassée dans ma chaise, je contemplais, non sans une certaine délectation sadique, ce spectacle édifient.
« Mais si, t’es un mec bien, y a pas photo, c’est toutes des connes... », disait l’un.
« Mais non, pas toutes! J’en aimais, moi, y en avait des bien mais dès qu’elles savent que tu les aimes, elles s’amusent avec toi cinq minutes et après elle passent leur temps à te les briser menu... », balbutiait Marcus.
« L’amour c’est vache, mais faut s’endurcir un peu, faut pas baisser les bras comme ça, mon con! T’es plus solide que tu le crois, demain tu te lèves et tu pars draguer et tu ramènes qui tu veux! », encourageait un autre.
« Mais pourquoi elles veulent pas m’aimer au moins un peu, plus d’un an ou deux, hein? », recommençait à se lamenter Marcus et ainsi de suite.

Un chien courait après sa queue.
Il fallait intervenir, ne serait-ce que par charité... Du moins je n’y tenais plus:
« Mais y a des jours, vaudrait vraiment mieux être sourd plutôt que d’entendre des conneries pareilles! »
Ils tournèrent tous de grands yeux hagards vers moi. Bien entendu, ils n’avaient pas remarqué que quelqu’un les écoutait. L’homme en clan se fait hermétique à la présence féminine.
Je développai:
« Vous vous acharnez à regarder le problème sous un seul angle. Les femmes que Marcus a voulu et qui n’ont pas voulu de lui, le petit chou. Et s’il ne s’était jamais intéressé aux bonnes, ce grand couillon? A vous entendre, jamais aucune femme ne l’a jamais beaucoup aimé. Vous croyez vraiment sérieusement à ces conneries? Lui, le si formidable? Vous croyez sincèrement qu’aucune femme ne l’aime? »
Je marquai une pause et repris, d'une voix plus douce:
« Dis, Marcus, au lieu de pleurnicher, tu voudrais pas plutôt m'épouser?! »
Bien entendu, ils étaient tous sidérés, la bouche pâteuse et la mâchoire pendante, tous leurs estomacs probablement au bord de verser. Ce n'était pas une raison pour les épargner:
« C’est qu’il en faut, une bonne dose d’amour, pour demander quelqu’un en mariage, vous le reconnaitrez probablement tous volontiers, n’est-ce pas?!
Et pourtant, tout ce que j’obtiens comme réponse, c’est un grand silence.
Voilà, je viens de vous démontrer qu’il existe bien des femmes qui aiment Marcus, enfin il en reste encore au moins une, mais Marcus n’en a rien à branler. »
A présent, plus personne ne parlait alentours. Il restait quelque fêtards pour rigoler au fond du jardin mais à bonne distance, parce qu’il ne m’avaient pas entendue. Tous les autres observaient la scène d’un air atterré.
« Quoi? J’ai jeté un froid? », lançai-je innocemment.
« Oh la la! Jeter un froid en parlant des feux de l’amour! Y a bien que moi pour réussir des prouesses pareilles! Je suis trop douée! », conclus-je, goguenarde, cherchant réellement désespérément à relancer l’ambiance de la soirée.
« Quelqu’un veut un peu de punch? », demandai-je à la ronde en me levant avec un grand sourire aussi crispé que radieux.
Mais personne ne me répondit, des regards se baissèrent, se détournèrent après avoir croisé le mien.
Je m’en allai remplir mon verre à la cuisine, l’égo mortifié mais le cœur fier et quand je revins sur la terrasse, les conversations avaient toutes repris, l’air de rien, à voix basses.

 

 

 

Family tree

 - Ce blog, tu vois, ça me donne envie de dire la beauté du couple, de le moucher ce petit con de trentenaire aviné, de lui parler d’esprit d’équipe, de la mère au foyer qui trime pour que ce soit confortable, douillet, la bouffe bien mijotée, qui se laisse aller à un petit sourire en coin quand la main du père vient s’écraser sur la joue du mioche qui commence à faire un caca nerveux parce qu’il y a de la tomate dans la soupe. Le père qui assume, qui ramène les sous sur le compte commun et c’est pas gras mais on fait avec et on se plaint pas.
La famille solide, quoi, comme le vieux chêne ridé qui résiste à tout. C’est pas toujours tout doux, parfois c’est même carrément tordu mais ça tient bon pour des siècles et des siècles!
La beauté du couple, elle est aussi au fond de la mine: faut trimer pour en extraire les pépites et on devient riche de son labeur.
L’état papa poule qui paye leur télé écran plat aux chômeurs, la république béni oui oui qui sourit poliment à ceux qui lui marche sur les pieds, voilà ce qui laisse le mineur en nous s’engraisser, ça...
- Hein? Le minou? Tu parles de minou?
- Mais arrête! Y a vraiment que le cul pour te tirer de Jünger...
- Tirer? Continue, tu m’intéresses,... minou!
Elle le toisa, bras croisés, contrariée, sévère; alors il prit un air à la fois tendre et sérieux et il ajouta, fripon:
- Tu adores ça.
Elle consentit alors à lui sourire:
- C’est vrai.
 
 
 
 

30.03.2011

Cowgirl

C'est une petite douce et rêveuse. Elle ne sait pas marcher avec ses talons. Ils tintent clair sur le sol, elle en est très contente, mais elle tangue dessus, manque de se tordre la cheville tous les trois pas. Elle a la cheville trop fine. Elle finira comme un cheval de course trop fragile qui se brise la jambe au premier obstacle, à la première course. Elle casse des œufs dans des jarres trop grandes, donne les jaunes et les blancs crus aux porcs – que ça engraisse joliment – et elle garde les coquilles qu'elle pile une fois par mois et mélange à son sang pour les donner aux poules, qui en raffolent. Elle dit que ça leur soigne les plumes. Effectivement, les poules gardent leur troufion bien plumé, quand celles de la voisine se promènent cul nu. La voisine en est très jalouse.
Quand le soleil se montre, c'est là qu'elle brille le plus. Elle quitte ses chaussures trop hautes, ses bas et va pieds à l'air. Ils se couvrent vite de brindilles, de crottes de lapins. Elle dit que ça tient les garçons éloignés et que ça lui évitera de tomber enceinte inopportunément. « Inopportunément », c'est bien le mot qu'elle emploie, bien à raison: elle a même regardé dans le dictionnaire pour être sûre.
Donc elle ne veut pas tomber enceinte et use de mille stratagèmes pour s'acquitter de cette tâche colossale. Elle cajole les chats à longueur de journée pour bien se couvrir de leurs poils, ce qui ne manque pas de prouver combien elle en ait aimée. « Et les hommes sont allergiques au poil de chat, c'est bien connu! », explique-t-elle. En effet, pour quelques raisons mystérieuses, ce doit être vrai, puisque tous les hommes du voisinage gardent leur distance.
Gardent leurs distances, gardent leurs distances, gardent leurs distances, comme des grippe-sous leurs sous, comme des soldats leur château, comme des rois leur couronne.
C'est une petite souillon, tout le monde en convient, mais jolie. Il suffirait de la plonger dans un baquet d'eau bien savonneuse, de frotter fort derrière les oreilles, de l'empêcher de s'approcher d'une basse-cour et l'affaire serait jouée, bonne à mariée.
Mais elle aime patouiller la terre, caresser le pelage maculé de boue séchée des énormes chevaux de trait. C'est un pelage raz, rendu un peu rêche par le grand air et les pluies battantes. « Ca, ce sont de petites choses solides! », en dit-elle. Voilà le genre de mari qu'il lui faudrait: un peu rêche, le cul large et dur à la tâche. Elle le mènerait au fouet, mais bien gentiment, sans abuser, et il labourerait ses champs de sillons profonds, la récolte serait toute belle.

 

 

27.03.2011

Out of love

Nous avons tous été bien niais, bien souvent, par amour.
Quelqu'un vous dira: "Ah, je t'avais dit que j'étais amoureux? Ce que j'ai pu être niais...".
Et cette grande niaiserie qu'on évoque n'a rien de commun avec la beauté enfantine de l'innocence, non, on vous parle bien de stupidité.
A en croire beaucoup, l'amour rend stupide et à bien les écouter attentivement, on jurerait même qu'ils estiment l'amour lui-même stupide - quand ils tolèrent d'envisager son existence.
Ainsi, des gens peuvent vivre en adultes responsables, payer leurs factures, travailler consciencieusement, être sociables, productifs, créatifs, sympathiques même, et tomber amoureux comme on attrape un rhume: ça leur passe vite et sans séquelles, fort heureusement car l'amour rend niais: l'amour affaiblit, l'amour occulte les facultés cognitives, on s'émeut, on bégaye, on s'embrouille, l'amour rend maladroit et la maladresse, c'est la plaque de verglas qu'on n'a pas vue sur le trottoir. L'amour, c'est casse-gueule.
La cure à cela? S'endurcir. Si on a le malheur de tomber amoureux, on le garde pour soi. On n'en montre rien, on se tait, on prend de grands airs, on fait de grands moulinets pour bien montrer que, non non, on n'aime pas, mais alors pas du tout, d'ailleurs on s'en fout, dégage tu me soûles.
C'est qu'on a sa fierté et puis on n'a pas que ça à faire, compter fleurette, et puis quoi encore? On a des trucs plus importants à faire, payer les factures, faire la fête, le match à la télé, la politique, tout ça quoi, et puis on nous prend déjà assez pour des cons tout le temps, faut pas se laisser aller sinon c'est pire, si on se laisse aller, avec la pauvre excuse qu'on est amoureux, si on se relâche un tant soit peu, ne serait-ce qu'une fois, c'est le début de la fin, faut rester sur ses gardes, les connards sont partout, on n'a pas envie de se faire baiser la gueule par qui que ce soit et plus on se laisse attendrir, plus on se laisse approcher, plus on est vulnérable, plus on risque de se faire gifler comme un con au moindre mot de travers.
L'amour, on voit ou ça mène: à se prendre des coups, à se retrouver le cul sur le trottoir, à chialer sa mère comme un mioche débile qui se serait laissé emporter par une course endiablée à la poursuite de son espiègle amoureuse, sans voir venir cette putain de plaque de verglas à la con.
Le culte de l'amour, ça mène à mourir de tuberculose à 24 ans dans un couvent glacial tout pourri, avec pour seule consolation la canonisation et la place de patronne en second d'un pays où bientôt toutes les églises seront transformées en restaurant ou juste rasées faute de sous pour les entretenir.
C'est comme l'amour du pays, le patriotisme en armes: ça mène au bûcher.
Mieux vaut rester chez soi.
Ou il faudrait inventer l'amour malin pour, peut-être, pouvoir espérer finir ses jours paisiblement au coin du feu, entouré d'une famille douce et nombreuse qui prendrait soin de notre sénilité.
Cet amour-là, s'il existe, doit être dur à naître, il doit être une graine à planter et à cultiver, fruit d'un labeur éreintant, il n'arrive sûrement pas sans efforts au commun des mortels. Il doit demander du dévouement, de la volonté, de l'attention, du discernement, du courage, de la patience, beaucoup de pardon. Il donne sûrement envie de botter les fesses des marchands du temple et de multiplier les pains, on comprend que ça puisse faire peur, cette mégalomanie suicidaire, et qu'on préfère en garder la graine dans notre poche.
Oui, parce que, dans le fond, on veut juste s'assurer une retraite pénard et les discours sur l'amour et les églises, ça fait fuir les patrons.
Alors oui, mieux vaut rester chez soi et, surtout, se taire.

 



  

 

25.03.2011

March

 

 Soundtrack

 

"Au-delà de tout débat sur l'existence ou non du point G, Brigitte encourage à une stimulation manuelle; et quant à sa localité, elle précise :"En fait, c'est l'envers du clitoris ; considérez que le fameux point G est exactement à l'endroit où se trouvent les racines profondes du clitoris." Après l'amour, le jardinage."
L'un des "10 conseils sexe de Brigitte" - GQ

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"Take a look at MaleContraceptives.org. Why is there no loud and universal support for male contraceptive vaccines? Are we serious about wanting to eliminate abortion, or do we just want to humiliate and control women? If we can give the world Viagra and Botox, can we not come up with a safe male contraceptive? Where is the buzz on this?"
Anne Rice on Facebook, 23 mars 2011

Commentaire de Caro, 25 mars: The more I think about it, the more I’m bothered by this mere word: “vaccine”, as if fertility was some sort of curse!
First, there’s already a vaccine to fertility, it’s very effective, it’s called sterilization!
Then, can’t we come to accept that there are limits even to freedom? Yes I’m free to have unprotected sex with whomever I care but then I must accept that there might be some consequences. Isn’t this cause/effect thing supposed to be Nature’s/Univere’s/God’s law? Isn’t it supposed to have some good to it, at least some meaning, to make sense (and therefore bring meaning to our lives?)?
Besides, sex doesn’t only consists of putting a penis inside a vagina: there are ways to be more creative than that even between heteros man and woman...
And what a strange and growing social phenomena it seems to me, this desire to be unfertile! Aren’t our occidental populations already getting old and older? And then what? Can’t we also take some time to have a reflection on the global consequences of this tendency?"

Quand je me fends d'un commentaire sur ce genre de grand débat de société, j'ai toujours l'impression de m'essayer à formuler le B.A.BA à coups de "Areuh areuh".
C'est comme mes fictions, nouvelles et autres, au style si indécrotablement naïf.

D'ailleurs, si vous vous intéressez à la littérature pour adolescents, par exemple si vous adorez lire Harry Potter, hey! Ca vous dirait de corriger mon manuscrit de 125 pages format A4 (non, je n'ai pas encore de copies papier à faire circuler) ?! Ca s'appelle "De la copulation des petites fleurs", ça ne parle pas du tout de magie et très peu de jardinage.

Par ailleurs, quelqu'un s'est plaint qu'on ne me voit plus à poil sur ces pages.
En effet.


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Oui, c'est le printemps, j'ai pris ce premier bain de soleil sur balcon chauffé à 30° en plein après-midi ce 23 mars et hier 24 mars j'ai chopé mon premier (léger) coup de soleil, et je trouve ça plutôt cool.

Hier, il m'est venu deux idées intéressantes: 
- L'avantage, avec les post-ado attardées dans mon genre, c'est qu'elles ne cherchent pas systématiquement à se caser et savent saisir les opportunités de parfaire leur connaissance en matière de pratiques sexuelles en compagnie de mâles aux pratiques variées.
- Je me déciderai peut-être à entrer au couvent une fois ménopausée, si je n'ai pas eu d'enfants d'ici là (et qui souhaiterait engrosser une post-ado attardée? Franchement, je me le demande).
Cette seconde idée m'est venue alors que je papotais avec ma mère hier au casino et que je profitais de cette vue là:

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Non, nous ne jouons pas à la roulette anglaise, il y avait juste un petit cocktail offert là aux clients et nous profitions du rosé et des petits fours gratuits, assises confortablement à cette table de fortune.
Je venais de me dire "Oh, il y a vraiment beaucoup de branches dans cet arbre". Et puis on en est arrivé à discuter couvents, retraites et silence.

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20.03.2011

When the blackbird sings

Waking up at 3:30am and hearing the blackbird sing is an odd thing, when dawn's nowhere to be found yet and that's how I was left with another bit of insomnia tonight, listening to the blackbird.
And then an idea dawned on me, as some gloomy glimpse of a new day caught through mist, clouds and heavy pollution: it should make things much easier to think of some people as if they were dead, you know, those annoying people who once smiled so much to you and then just vanished from your life, leaving you with nothing but memories, memories such as invading flowers keeping you trapped, tangled up under their heavy scent.
A gloomy thought yet quite far from that bitter cold sounding line of The Undertaker by Puscifer: "You're dead to me".
It should be more something of a quiet fatalistic "Oh well, they're far gone, now", said with a faint smile and the quiet voice of an old wise lady as she remembers the lovers of her youth, while the blackbird sings, keeping her awake in the middle of the night... Considering those departed ones and leaving them to the care of the angels.

 

 

 

19.03.2011

Piling up

Ecrire en autiste, en fontaine mère d'un marais, en reine des goblins bâtissant tout autour de sa demeure un labyrinthe aux murs mouvants, non man's land impraticable peuplé de créatures cocasses, effrayantes, parfois gentilles mais toujours sauvages. Fey zone.
Poser des textes comme une maîtresse de maison pose un vase sur la table du déjeuner, un vase plein d'un bouquet arrangé à la cuisine: les invités regardent le vase, le bouquet, la femme, il n'y a guère à en discuter, il n'y a pas à applaudir non plus, d'ailleurs les fleurs ne sont peut-être pas à leur goût et tout au plus un visiteur facétieux ajoutera-t-il à la composition, en cadeau, une fleur piquée au jardin.
Petite crise de nihilisme. Sans travail, sans vie sociale, sans foyer ni relations de bon voisinage à préserver, j'en arrive à me dire que je peux bien raconter ce que je veux, ça ne changera rien à rien. De plus en plus consciente de mes tendances à pratiquer la politique de la terre brulée, tendances à cramer les liens, à épuiser les affections. Je gagne en clairvoyance quant à cette tendance au sabotage et pourtant, je continue: c'est une tendance profonde, chiendent aux racines impossibles à arracher, une résistance à l'assimilation au "monde", au groupe, à l'homme, qui me recrachent toujours plus ou moins vite après s'être aperçus qu'ils ne pourront pas me digérer.
Il est pourtant des épidermes contre lesquels j'aime à me blottir...


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Mais sous ma peau grouille tout un monde dont, parfois, un goblin s'échappe et grimace.

 

 

18.03.2011

Smoke

Vendredi soir, 18h50:

Fumer: se brûler la gorge pour toutes les conneries qu'on a dites (ou écrites), se punir pour toutes nos maladresses et tous les heurts qu'a pu causer notre "langue" (pardon!).

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Boire: parce que c'est vendredi soir.

Détails: oui, la photo vient d'être prise, ce soir, au crépuscule, mon balcon est orienté à l'ouest; la clope vient d'un paquet qu'on m'a offert mercredi, déjà entamé, parce que le parfum de menthe en est trop éventé et dire cela ne viole en rien la confidentialité de mes sources ;-)

Il était prévu que je passe la soirée (de ce soir) à Grenoble mais les étudiants (et étudiantes) ayants des impératifs de rendements que les chômeurs (dans mon genre) n'ont pas, il a fallu reporter.
Je festoie donc seul, à coup de Rivelsaltes rouge (grenadine vaguement alcoolisée) et de Vogue menthe (sans menthe).

Et ma mère est passée ce soir, elle est partie (par délicatesse) au moment où mon téléphone s'est mis à sonner (pour la seconde fois de la semaine - j'ai répondu pour la première fois de la semaine). Je lui avais montré l'ourlet de cette jupe que je porte (là, sur la photo, hein), le premier ourlet de ma vie! et il est à peu près droit et "portable"! Je suis fière et ma mère (prof de couture) était bien contente pour moi.

Bientôt, grâce à mon prof, je m'essayerai au reprisage des chaussettes (parce que certains mis-bas en coton mélangé acrylique sont trop jolis pour qu'on les laisse se perdre et puis à l'heure des économies d'énergies, il est bon de savoir repriser/faire durer des chaussettes à 7-8 euros la paire).

 

 

 

13.03.2011

Bad hair day

Rentrée la nuit dernière à 2h30, non parce que bourrée, d'ailleurs pas bourrée du tout, juste fourbue parce que je me paume dans Genève, parce que j'ai confondu le parking Uni Dufour avec le parking David Dufour, le nord avec le sud et la droite avec la gauche. Je regrette ces temps lointains et révolus de mon adolescence où j'avais un sens de l'orientation digne de celui d'un pigeon voyageur. Je suspecte mes hormones féminines d'avoir, sur le long terme, modif..., non, pourri mon cerveau. Vous êtes prévenu.

Alors oui donc, hier soir: Genève, Le Palladium (sis rue du Stand, rue en travaux... Mais en ce moment ce n'est pas un peu tout Genève qui est en travaux?) et concert des Young Gods.

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Le Palladium, grande salle "mixte" à moitié salle de concert, à moitié boîte de nuit (Ah! verra-t-on prochainement le Brise Glace d'Annecy se parer lui aussi d'une boule à facettes? ainsi que de deux longs bar à l'intérieur même de la salle?), où l'on trouve des canapés pour lire et déguster confortablement de la Calvinus à 5FCH (+2FCH de consigne pour le verre)... Et c'est une bonne chose lorsqu'on arrive prudemment à l'ouverture des portes à 19h et qu'on a bien le temps de lire en dégustant de la Calvinus jusqu'au début des festivités à 20h45 (nan mais en vrai, j'en ai bu qu'une).

En première partie: Berty, groupe un peu chanson-rock-electro constitué de trois hommes et d'une chanteuse - qui permet à la soirée de respecter les proportions moyennes habituelles dans le monde du rock, soit environ une rockeuse pour neuf rockeurs - quoi que cette femme-ci ressemble beaucoup à un autre homme, du genre camionneur-dockeur, et sa voix évoque une Annie Girardot déclamant des textes plutôt convenus et convenables (pourtant, "sa voix grave et chaude fait résonner aussi bien notre capacité d’indignation que notre mélancolie « source de vie ». Sans angélisme ni complaisance..." nous affirme le site de Voix de Fête. Euh. Bon, chacun sa sensibilité, hein, la mienne n'est pas d'accord)... Voix à rapprocher aussi de celle de Franz Trichler... "Sauf que Franz Trichler est un homme, un vrai... vraiment très sexy" - me dit mon cerveau pourri aux hormones femelles ("Ca prouve rien: si ça se trouve, il est gay", pourra rétorquer le lecteur... Oui, je sais, le monde est cruel).

Pendant ce set en particulier, mon cerveau tout pourri a eu le temps de poursuivre ses intenses réflexions au sujet du rock de l'après-pétrole (oui parce que parfois je réfléchis à Marine Le Pen et parfois je suis juste écolo, et parfois je porte une jupe et parfois un pantalon, autre preuve de grave schizophrénie...): le sol de la scène était recouvert de plastique, les kilos de câbles reliant guitares, amplis, micros... étaient gaînés de plastique, les semelles des chaussures des musiciens étaient en plastique, les coques des amplis étaient en... Bref, comme dans les cd et les vinyles, le plastique est partout.

Deuxième groupe de la soirée: Zone Libre. Je crois bien que j'avais complètement négligé de lire le programme (tant que les Young Gods sont là, tout va) et c'est donc le monsieur qui a fait le petit speach de début de soirée (présentation des groupes/petit mot de clôture du festival Voix de Fête) qui m'a appris que Zone Libre, c'est le groupe du guitariste de Noir Désir (RIP)... Et c'est peut-être la force d'impact du nom "Noir Désir" qui a mis mes neurones pourries en état de choc tant que j'en ai eu la sensation qu'on annonçait Noir Désir sans son chanteur. Et en effet, après les avoir vus et entendus avec mes neurones atteintes, je reste avec la sensation que Zone Libre c'est Noir Désir sans chanteur. Deux guitaristes et un batteur qui font du Noir Désir sans chanteur. Je répète "sans chanteur" encore une fois parce que tout le long de leur prestation, j'ai eu la vive sensation que nous assistions là à une messe rock à la mémoire des morts.

Après, je lus encore quelques pages de L'heure de l'ange, d'Anne Rice et puis ce fut les Young Gods et je fus contente, parce que, comment dire... Voilà, l'essence du rock, ça tache: c'est électrisant, "couillu" - c'est à dire "entier", sexué, sexy, enragé, sauvage (par exemple à la façon dont Bernard Trontin tape sur sa batterie), un trip halluciné décapant, mystico-jouissif... Tel que les Young Gods le laissent couler dans leur veines (non sans un certain stoïcisme chez Vincent Hänni). Le rock "propre-sur-soi", bien-pensance amplifiée, avec ou sans textes, c'est un cheval castré. Et moi, écolo, j'aime les beaux chevaux fougueux aptes à se reproduire.
J'étais juste en face de l'ampli de mr Comet et mes cheveux ont vibré, alors qu'ils étaient attachés. J'ai eu droit à un décapage de bronches et de cloison nasale à coup de basses. Apparemment, ce sont ces basses de malades qui ont fait sauter la machine à machin (à droite sur la photo ci-dessus) de mr Comet en plein concert, alors petite pause pour tout le monde: il a fallu attendre un peu que la machine se remette, qu'on lui isole ses petits pieds du sol avant que Mr Sunshine puisse reprendre depuis le début.

En conclusion, je ne suis désormais plus très sûre que les trois clopes fumées par mr Comet ce soir-là sur scène n'ai été que des clopes... Par contre, je suis sûre qu'on trouvera le moyen de faire du rock sans pétrole: il faudra juste fabriquer des amplis en... coque de maïs? Des câbles gaîné de latex et de fibres de chanvre?... Et de continuer à faire jaillir la foudre dans les salles de concert!

 

Addendum du 15 mars: on apprendra que la "machine à machin" s'appelle aussi un "sampler". 


Chronique Young Gods, épisode précédent: Eye contact 



 

12.03.2011

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Une française, ici.

 

 

 

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