16.04.2011
The lover
Amante douce et maladroite.
Se contente de peu: grisée par la simple présence d'un mâle (surtout nu) à ses côtés, supporterait même de rester chaste et très sage à condition de pouvoir se coller contre lui.
Aucune intention de prendre le pouvoir. Incarne fort bien le principe Yin, accueille avec ravissement le principe Yang. Adore se laisser faire, être embrassée, caressée, saisie, serrée, guidée, retournée, mise à genoux (par pour une pipe, pas sur la moquette). Des douleurs articulaires dans les hanches et les genoux contrarient toute initiative personnelle vigoureuse lorsque le corps est en suspension sur les dites articulations (envisage de se faire tatouer cette information quelque part afin d'éviter tout risque de malentendu à l'avenir).
Forte tendance à la langueur, au manque d'idée. Problèmes de coordination.
Pas prude, se délecte de l'essentiel: embrasser, caresser, enlever les chemises et t-shirts, le contact de la peau nue, d'un sexe tendu bien que ne sachant jamais exactement comment en disposer. Contemple un homme qui se caresse, son membre comme doté d'une vie propre et qui reste d'une étrangeté fascinante à ses yeux, et elle pense: "C'est comme un petit alien!" ou encore "Il n'y a qu'un homme pour savoir manier ce truc".
Pas fétichiste. Fut longtemps hermétique à l'esthétique des organes génitaux, a parfois encore du mal à la percevoir.
Presque incapable de s'endormir au contact d'un autre corps, se réveille au moindre mouvement contre elle. Fut longtemps saisie de pensées suicidaires après l'amour, sous l'action combinée de la fatigue, des perturbations émotionnelles et des ronflements de ses partenaires.
Persuadée que l'amour est une science, un art, dont la pratique peut-être émouvante, drôle, éprouvante, stimulante, ennivrante, enrichissante... et dont l'apprentissage est pour elle surtout laborieux; a nettement gagné en aisance en trois ans (oui, trois ans, three, drei, tre) et bien que relativement libidineuse, reste une flemmarde dans l'ensemble.
En galante compagnie, se soucie peu d'atteindre l'orgasme, consciente d'être souvent trop stressée pour l'atteindre facilement avec un partenaire (se contente fort bien toute seule, merci).
Constate que le plaisir augmentent avec la pratique: son quatrième amant lui permit de découvrir qu'elle pouvait jouir avec un partenaire, son sixième lui permit d'accéder au délice du baiser. Elle dut renoncer au quatrième parce qu'il était maladivement accro à la pipe et au sixième parce qu'il n'était pas amoureux. Coucha à quelques reprises avec son premier jusqu'à ce qu'il s'évanouhisse dans les airs, enniaisé par une autre histoire ("niais", c'est lui qui le dit), retourna le voir récemment, il lui proposa "une sieste". Parfois impatiente, téméraire, précipitée, utopiste, elle se décida, quelques jours plus tard, à lui écrire un mail qui, elle en était consciente, soit plairait, soit ferait fuir:
- "Bon alors pour être claire, avec ou sans chocolat je m’en fous, j’ai juste envie de te revoir.
A bon entendeur!"
Oui, il était vaguement convenu que le chocolat (suisse) pourrait venir en remerciement symbolique à un petit service qu'elle lui avait rendu (la traduction en anglais de quelques textes).
Bien sûr, elle fit fuir puisque l'intrerlocuteur est un célibataire bien d'aujourd'hui, qui lui répondit ainsi:
- "bon et bien pour être claire je n'ai pas très envie de te revoir, enfin c'est pas que j'ai pas envie de te voir, mais je crois pas que je n'ai pas envie de te revoir pour coucher ensemble..."
Notons la syntaxe problablement bousculée par l'émotion, la précipitation, la course effrénée vers la lumière.
Il faut préciser, pour la défense de l'accusé de couardise, qu'elle avait eu le culot, dans l'une de leur dernière discussion, de mentionner 1° son regret qu'ils ne soient pas restés d'avantage en contact ces dernières années, 2° son aspiration à pouvoir, un jour, tenter l'expérience de la vie de couple (la vie de couple en général, hein, sans même suggérer que ça pourrait etre avec lui en particulier, et juste comme ça, un jour, pour voir, peut-être, si c'est possible, au cas où). "Couple", comme "mariage" ou "enfants": mots tabou dans une conversation avec un amant célibataire mais utile lorsqu'on souhaite tester l'affection et la résistance nerveuse du dit-célibataire.
Elle lui demanda alors, toujours taquine mais plutôt gentille (ravalant sa contrariété) :
- "Ah c'est comme ça que tu comptes m'aider à prendre confiance en moi?
Eh bien merci.
On est vraiment doué pour souffler le chaud et le froid...
Je suis vraiment une si piteuse amante que ça?
Moi qui trouvais qu'on avait gagné en fluidité, en intimité...
Pour une fois qu'un homme ose me mettre à genou, bon, tant pis.
;)"
Oui, le monsieur, dans l'une de leurs précédentes conversations, l'avait encouragée à prendre confiance en elle, n'est-ce pas.
L'explication, fort docte, ne tarda pas à venir:
- "coucher c'est un truc qui se fait à 2, c'est un acte partagé, c'est comme un dialogue, il y a 2 acteurs."
Voilà, c'est dit, et bien dit, faut le dire, d'une concision exemplaire: elle n'est qu'une pauvre bûche, une étoile de mer parfaitement muette.
Tout de même quelque peu offensée, elle s'autorisa à se mettre en colère, écrivit un mail exterminateur qui, ne figurant pas dans ses mails "envoyés", semble donc ne jamais avoir été envoyé. Ainsi, il semblerait que son interlocuteur ne saura jamais ce qu'elle voulait lui répondre:
- "Avant de proposer une sieste à une femme, tu devrais penser à préciser que tu n'aimes coucher qu'avec des bêtes de sexe de haut niveau.
Ca éviterait les incohérences dans le dialogue".
Oui. Douce, tendre et maladroite, elle veut bien des amants célibataires (ou mariés) qui tiennent à le rester, elle veut bien apprendre, s'instruire, expérimenter (un peu), mais elle veut des amants, pas des partenaires de baise.
Morale de l'histoire: aujourd'hui, les hommes "modernes" occidentaux ont souvent quelques petits problèmes avec leur virilité (la pollution et ses effets sur le système hormonal serait-elle en cause?): ils ont du mal à incarner le principe Yang. Ainsi, dans leur vie sentimentale, ils ont peur de l'échec, de l'engagement, de souffrir, de "se faire passer la corde au cou", ils veulent être dragués, plaqué contre un mur, qu'on leur arrache leurs vêtements, et qu'on les prennent sans discuter, sans rien leur demander, qu'ils puissent continuer à s'amuser et à boire avec leur potes une fois leur "coup" "tiré" (faudrait peut-être réinstaurer le service militaire, ça leur réapprendrait ce qu'est vraiment "tirer un coup"). Ainsi, pour eux, une femme très "Yin" est inexistante mais une femme "Yang" n'est tolérable qu'au lit, tant qu'elle ne veut rien d'autre que les chevaucher et les sucer fougueusement toute la nuit.
Cette tendance se traduit très concrètement au niveau démographique: la natalité chute.
---
Mais au-delà de toute morale, faisant fi de toute bonne logique et de la longueur réglementaire d'une note de blog, ce dialogue se poursuit car, amante peu sûre d'elle, on le saura, et doutant de plus en plus d'avoir bien compris cette réplique de "couché c'est un truc qui se fait à 2..." - et souhaitant éviter de rester sur un malentendu et toujours prête à s'instruire car consciente de ses immenses lacunes en matière de science relationnelle - plusieurs jours plus tard, elle demanda:
- "Après y avoir beaucoup pensé, je me demande si j'ai bien compris ton dernier mail.
Est-ce que tu veux dire qu'une fois que je suis dans un lit, je disparais? Que je fais l'étoile de mer?
Sincèrement, ton avis m'intéresse."
- "ouai je sais pas trop, j'ai jamais couché avec une étoile de mer...
bon t'as pas compris... tu pourrais, éventuellement, être un peux plus généreuse. l'égoïsme n'a pas sa place dans les relations humaine, encore moins dans le sexe.
voilà, tu comprends là?"
Y a une liste de trucs à faire/dire pour être considérée comme une “amante généreuse”??
Tu devrais peut-être réserver tes offres de sieste à des filles de 15-20 ans : il parait qu’elles sont très douées pour sucer à la chaine sans discuter.
- "t'as rien compris, je ne suis pas acro aux pipes, tu délires, j'en ai rien à foutre en fait des pipes, je dit j'aime ça comme je dirai j'aime la mousse au chocolat, et de la mousse au chocolat ça fait 1 an que j'en ai pas bouffé et ça me manque pas ... quoi que maintenant que j'y pense .
Les 15-20 ans ne me font aucun effet. les trentenaire non plus d'ailleur ( pouhhh alors ça c'est méchant !)
Estime que je fais l’autruche si ça te chante, moi je considère que tu es tout simplement incapable de m’expliquer ton jugement d’une façon sensée.
Je n’aurais pas dû retourner chez toi.
Je n’aurais pas dû accepter de recoucher avec toi.
Je n’aurais pas dû te dire que j’aurais préféré qu’on reste d’avantage en contact ces dernières années.
Je n’aurais pas dû te demander du chocolat.
Je n’aurais pas dû t’écrire que j’avais envie de te revoir.
Je n’aurais pas dû te demander pourquoi tu n’as plus envie de coucher avec moi.
Je n’aurais pas dû te demander de m’expliquer en quoi j’ai été égoïste ou égocentrique ou les deux.
Pardon, pardon, pardon, tout cela ne se reproduira plus."
17:32 Publié dans Life, Sex | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : dialogue moderne

Commentaires
pas de chance, mais je pense pas que ca soit une façon de généraliser sur les hommes, c'est plutot les gens moins patient, exigent et consommateurs pressés.
Apres chacun a un peu raison, vous n'avez pas les mêmes besoins,
mais seul la raison du sexe a tout chamboulé, c'est pas normal, c'est pas patient.
Écrit par : marc | 16.04.2011
Des regrets ? pourquoi tant de "j'aurais pas dû" ?.....
Si j'étais un homme, ton menu me paraitrait séduisant !!
Mais je suis contente pour toi que tu envisages un autre épisode à la fin de ton post...
En attendant un prochain plaisir, essaie de positiver et prends ton panard partout où tu pourras, suis la vie comme elle est sans te prendre la tête !!
kissous kissous toi !!
Am'
a bientôt
Écrit par : amelie | 20.04.2011
@ amélie: Ah! Si tu étais un homme! ;-)
Nan, pas de regrets, juste un rien de hargne et d'ironie. Ceci dit, si dans l'histoire ce monsieur a réellement été blessé - puisqu'il estime qu'il y a eu "faute"/pêché d'avarice, c'est peut-être bien qu'il a été blessé - alors il mérite qu'on lui demande pardon. C'est tout.
Un autre épisode, ce sera éventuellement une suite à ce dialogue, si ce personnage trouve des réponses intéressantes à faire. Je n'envisage aucun autre genre de suite avec lui.
Écrit par : heidi | 21.04.2011
Ne regrettez pas... ou alors, ne faites rien que vous puissiez regretter.
Allez en paix, ma soeur... et ne péchez plus.
@)>-->--->---
Écrit par : Nebo | 26.04.2011
Les commentaires sont fermés.