08.10.2011
Dimming
- Bon, ça va pas, ça: on se fout de plus en plus de vous.
- Qui ça, "vous"?
- Bah, vous, les réacs trentenaires névrosés avinés libidineux.
- Ah. Et qui ça, "on"?
- Hof, un peu tout le monde.
Même les autres réacs trentenaires névrosés avinés libidineux.
Vous vous entre-foutez de vos gueules mutuellement.
C'est grave, ça va pas du tout.
- Ah.
Hof.
- "Hof"?
C'est tout ce que ça t'inspire?
- Ouais.
Au mieux, je pourrais t'expliquer que, "nous", on est comme les vaches que t'as vues défiler cet après-midi [voir en bas de la note ]. Un monde révolu qui s'en va à l'abbatoir, décoré de petites fleurs et de grosses cloches.
Forcément, on a l'air couillon.
Ouais, tu vois, même toi ça te fait rire.
C'est méchant, vraiment.
- Tu pourrais au moins essayer de vous comparer aux chevaux de traits. C'est bien les chevaux de trait. C'est costaud. Ca en impose. Moi les chevaux de traits, ça me donne envie de devenir un cheval de trait.
- Oui mais non, justement. Nous les névrosés souffreteux, comment veux-tu?
A la rigueur, si t'inclus les oeillères à ta comparaison, à la rigueur.
- Les oeillères?
- Ouais, celles derrières lesquelles on se cache pour ne pas voir toutes ces horreurs autour de nous.
- Plutôt celles derrière lesquelles vous vous cacher pour éviter de voir les horreurs que vous êtes.
- Si tu veux.
- Et pour marcher droit.
Même aviné.
- Ha h...
Pfff. Non, à vrai dire j'ai même plus la force de rire, là, tu vois.
- Reprends un peu de vin chaud!
- Il est dégueulasse ton vin chaud. A la rigueur la cannelle et le sucre dedans, ça va, mais le vin, ce vin bio, là, non mais je te jure, il est dégueulasse.
- Il est un peu acide, j'en ai eu bu des meilleurs, j'en conviens.
- Ouais, même toi t'arrives pas à le boire sans faire la grimace, malgré tes oeillères.
- Mes oeillères?
- Bienvenue au club.
- Au club des oeillères?
- Ouais, les réacs trentenaires névrosés avinés et libidineux.
"Elle est des nôôôtreuh, elle a bu son verre commeuh les aûûûtreuh!"
- Oh, mais tais-toi!
Je suis pas aussi avinée que vous, moi. Deux martini et ça me suffit, je vais me coucher.
Tu dis n'importe quoi.
Je suis même pas libidineuse, en plus, en ce moment.
J'en ai marre du sexe, voilà.
Alors franchement, il y a vous, hein, et puis moi c'est autre chose, un autre monde, une autre galaxie, mes pauvres petits.
Je mets de l'eau de fleur d'oranger dans ma tisane avant d'aller me coucher, moi, pas du rhum! Que ce soit bien clair!
- Il n'y a que la vérité qui blesse. Regarde-moi ça comme t'es tout de suite sur la défensive!
Que la vérité!
Li-bi-di-neuse!
- Mais va te coucher, avec tes oeillères et tes cloches, là!
Va trouver ton lit si tu peux, va!
Et surtout, sans moi!
Va!
Va donc!
- Ouhouhouh! Que la vérité...! Que la vérité qui blesse! Il n'y a que...
- (elle lui envoie son vin chaud à la figure)
Tiens! Voilà, ça ferra du bien à ton teint de papier maché, un bon petit tonique acidulé épicé bio. Ca doit être astringent, détoxifiant, purifiant..., tout ce que tu veux.
- (du vin lui gouttant du menton, il la regarde d'un oeil morne, avant de prendre un mouchoir pour s'essuyer)
- Tu te décoinces au moins, c'est bien.
Bientôt tu rueras dans les brancards et tu partiras au grand galop par les vastes plaines...!
- Pour aller où, crétin?
Autant garder ses oeillères. L'horizon et les vastes plaines, tout ça c'est fini. Il n'y a plus que le chemin.
Et ça grimpe. Et ça n'en fini pas. Et même les orgasmes, à la longue ça devient lassant.
Autant rester avec ses cloches et ses oeillères. Au moins, ça fait de la musique et de l'ombre.
- Et les fleurs, t'oublies les fleurs.
- Ah oui. Les fleurs.
- Oui, parce que si t'oublies les fleurs, là on va tous se mettre à chialer pour de bon.
- Mmm. C'est vrai. Heureusement qu'il y a les fleurs.
Ca te dit d'essayer Habanita?
- Ca te dit d'essayer le tonique au vin bio?
Le retour des alpages, Annecy, 8 octobre 2011.
20:05 Publié dans Politic, Writing | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : réac, réactitude, réacosphère, vin chaud, agriculture biologique, retour des alpages, annecy
23.08.2011
TeuGeuVeu sgreugneugneu
Suite à ceci, qui fait écho à cela :
- Alors parait que pour être réac, maintenant, faut pas prendre le train?
- Voilà.
- Faut prendre quoi, alors?
- Du gros rouge qui pique, le même que les paysans du terroir profond 100% bio certifié écocert label rouge.
- Ha ha.
Sûrement le même que celui que buvait les Cosaques, du temps où tout le monde voyagait le cul sur un cheval?
Faut prendre le cheval aussi, alors?
- Ouais, voilà. Bah voyons.
Non mais sérieusement: réac, faut aller nulle part, faut pas bouger, faut rester chez soi pour picoler du vin à 20 euros la bouteille en lisant Nietzsche ou en fustigeant les gauchistes sur facebook.
- Et quand on a de la famille loin?
- Le réac n'a pas de famille.
Il s'est engueulé avec tout le monde, sa famille ne veut plus le voir et il n'a pas d'ami. C'est pour ça qu'il picole autant, avant d'aller faire du 200 à l'heure sur le périph pour défier gaillardement la mort.
- Du 200 à l'heure en chaussures Prada?
- En espadrilles. Produit du terroir, basque en plus, alors c'est imbattable, l'espadrille. Mot compte triple au Scrabble réac.
- (regard affligé)
Mais le périph aussi c'est mal fréquenté!
S'il faut se garder de la lie de ce monde à chaque fois qu'on met un pied dehors, on a plus qu'à se faire tatouer "chochotte" sur le front, à ce compte-là.
- Voilà.
- Le réac est une chochotte?
- Voilà, c'est bien, t'as tout compris.
- Ah.
- Bon alors faut pas être réac?
- Si. Bien sûr. Cracher sur la modernité. Bien entendu, faut être réac. Etudier François d'Assise, tout ça tout ça... Y a que ça de vrai.
- Et prendre le train?
- Bah évidement, prendre le train! La voiture, l'âne, on s'en branle! Non mais je rêve. Faut faire le requin dans le banc de sardines. Des sardines, y en a partout, on est cerné. Les trains, le périph, l'autoroute... Non mais t'as déjà vu une gueule d'aire d'autoroute? Et tu vas peut-être faire un meilleur réac sur une aire d'autoroute que dans un car TER? Avec ta clim et ton GPS? Ou mieux, en t'arrêtant dans les toilettes publiques d'un bled paumé sur la départementale 3618, pour te "rafraîchir" dans des chiottes nettoyés une fois par trimestre? Non mais franchement, quelle déconnade.
Le réac est réac partout. Il est la constante. Il se doit d'être la constante, le maître étalon. La matière noble et inaltérable, intemporelle, qui révèle la fiente qu'est devenu le monde qui l'entoure. Même bourré il peut déclamer du Baudelaire, et on s'en branle du flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse, on s'en branle de voyager en train, en caisse à savon, à dos d'autruche, on s'en branle, on reste fier et témoin, témoin du vrai et du beau, on parle correctement, au pire on se parle à coups d'insultes immondes, les mêmes que déclamait déjà Baudelaire à ses maîtresses quand il était bourré. Et voilà.
- Grand style, c'est sûr.
- Le réac se laisse parfois un peu aller à la débauche... A faire le mécréant, bon. Mais un mécréant... Comment dire...
Honnête.
- Hein?
- Même dans la dèche, on ne vole pas le sac des vieilles.
Au pire on prend le train, quand on n'a pas de tunes pour se payer une voiture.
On reste honnête.
On paye nos billets, nous.
- Et on observe.
- Et on témoigne.
- On est les aventuriers modernes: avant, l'aventure, c'était d'aller aux Pôles, maintenant, c'est de prendre le train!
- Voilà, tout en restant digne, c'est à dire témoin avisé plutôt qu'acteur borné.
- En restant une chochotte, autrement dit.
- Voilà, t'as tout compris.
- C'est fou.
- En effet.
18:12 Publié dans Blog, Life, Politic, Writing | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : copinage, réacosphère, causeur, ilys, guerre des gangs
18.08.2011
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The lonesome boatman
Once in some ancient times was a man who'd had a long and rich life as a merchant: he'd travelled to distant lands all across the Mediterenean Sea, he'd met many peoples and learnt many languages and musics. He lived on a sunny shore with his young wife, a fey kind of a woman. They were often out to sea, they'd eat olives, dates and goat cheese and drink sweet wines as the waves would gently rock their days and nights. The man's hair was turning to grey but his hands were still strong and as they laid side by side on the deck of their little boat, her wife often felt as if Neptune himself had come to visit her.
And this man had a son from a previous mariage and his son, as quick temperd as Apollo, had come to grow jealous of him and his wife, he'd grown to desire the woman and was secretly in love with her and one day he sent some of his servents to go and get her and he kept her prisonner for himself.
But so it is that his love was true and it touched the woman's heart and so she came to love him as dearly as she loved his father.
And that was her fate, and that was her curse.
Smelltrack: Sables - Annick Goutal.
12:56 Publié dans English, Music, Perfume, Travel, Writing | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : the lonesome boatman, the fureys, sables, annick goutal, celtic music
08.06.2011
Facebook talk
Hier, sur Facebook:
- Irena Adler :
"Irena Adler aime un lien:
http://amoyquechault.over-blog.com/article-notes-de-lecture-75920892.html
(...)
Aujourd'hui:
- Caroline:
"Caroline, elle en dit que des textes comme ça, faut peut-être mieux éviter de les prendre au pied de la lettre. Ca ressemble à une caricature, à mon sens, un peu, quand même, non? Et puis, en ce qui me concerne, je n'écris pas pour faire de la littérature, de toute façon. Rien à foutre. J'écris parce que j'aime ça et je raconte des histoires que je trouve cool et parfois je trouve mon style cool et c'est cool si d'autres sont de cet avis aussi. Et si d'autres crachent dessus bah je m'en fous puisque c'est écrit et que le simple fait qu'une histoire soit écrite me procure déjà pas mal de satisfaction. Ah et j'ai travaillé hier et je travaille encore ce matin, je fais de la distribution d'affiches et avoir une activité rémunérée, une activité en dehors de chez soi, un job quoi, ça aide à relativiser toutes ces histoires de "littérature", je trouve (parce que c'est pas le tout de "savoir écrire", faut aussi savoir vivre). Ah oui et un autre truc qui aide à relativiser, c'est de faire attention à ne plus trop essayer de gérer/se préoccuper des émotions/opinions d'autrui. Gérer/soigner les siennes propres, ça occupe déjà bien, je trouve. Pardon de faire ça vite fait, je suis un peu pressée, là, hein. Gros bisous!"
- Irena:
"(...)
Gros bisous Caroline. Je t'aime bien tu sais."
- Caroline:
"Moi aussi je t'aime bien Millie, j'ai beaucoup d'affection pour toi, j'ai un faible pour les gens excessifs... M'enfin, l'excès, faut juste essayer d'en user avec maîtrise, comme on met des pierres autour d'un feu de camp pour éviter d'embraser la forêt! :D"
---
Voilà, alors oui, hier pendant une bonne partie de la journée et ce matin j'ai fait de la distribution d'affiches: le vrai début de mon job d'été n°1 : "Bonjour, je travaille pour le château de Clermont, j'ai des affiches à vous proposer et des petits programmes!", phrase à servir systématiquement de façon articulée et souriante aux commerçants et secrétaires de mairies, etc... des villages de l'agglomération annécienne. Ce sont des tournées qui se font en voiture (de fonction, s'il vous plaît) mais ce matin j'avais quand même des courbatures.
Et puis cet après-midi j'ai trouvé mon job n°2: aide à domicile à l'admr du canton d'Alby pour juillet-août. Après, j'ai pas le droit d'en dire plus - secret professionnel oblige, n'est-ce pas.
Ah et si j'arrivais à faire de la vraie littérature, sans le vouloir, un jour, par hasard, comme ça, en passant, bah c'est sûr que ça me ferait plaisir quand même, faut dire.
22:05 Publié dans Life, Writing | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blog life, millie, irena adler, a moy que chault, eisangélie, mignon
17.05.2011
Age
Vous êtes une femme. Il est presque trente quatre et demi à l'horloge de votre vie. Vous êtes assise à la table de votre salle à manger, face au balcon, au parking, à quelques arbres sous la grande lumière de l'après-midi printanier. Plus loin encore, quelques immeubles, le ciel et ses nuages. Des oiseaux piaillent, vous les entendez par la porte-fenêtre ouverte. Sur la table, d'un mètre carré très exactement, une table bien plus ancienne - et donc bien plus à plaindre, que vous, jonchée de papiers et de petits objets divers, trône l'ordinateur portable sur lequel vous écrivez. Votre chaise grince.
Vous avez réalisé récemment que les seules missives un tant soit peu libidineuses que vous ayez écrites à ce jour étaient destinées à des hommes mariés, soit le tiers (3/9) de vos "conquêtes" (des guillemets ici car bien souvent on est en droit de s'interroger sur le qui conquit qui: parfois même la conquête est à double sens et vice versa), ce qui fait de vous - selon les sensibilités, une fieffée coquine, une tordue amorale, une satanée chaudasse, une anarchiste j'm'enfoutiste, une sale immorale, voir même une hors-la-loi, ou encore une simple salope, faites votre choix.
On vous parle d'amours mortes. Vous ricanez. Il n'est pas d'amour mort. A la rigueur, des liaisons mortes, momifiées ou en voie de putréfaction, et de leurs chairs putrides, un jour, peut-être, naitrons quelques fleurs, à moins que ce ne soit quelques vers. L'amour, lui, coeur, bat toujours une increvable chamade à travers le vide intersidéral. Et vous vous sentez un peu seule.
Vous remarquez souvent, tendu au fond de l'oeil des hommes célibataires qui vous parlent (et qui vous plaisent et éveillent en vous de chauds émois visibles à leur oeil innocent et nu), un voile d'angoisse tremblotant dans le vent... Tremblotant même quand il n'y a pas de vent. Vous devinez en eux comme une compression de leur mignon petit plexus solaire palpitant, parfois même leur voix chevrote, presque imperceptiblement, mais vous avez l'oreille fine et on ne vous la fait pas: vous savez qu'ils tremblent, penauds, épinglés par le phare de votre oeil noir et terrible.
Pourquoi tremblent-ils? Sont-ils émus? Certes, un rien. Après tout, vous êtes une petite chose curieuse. Les gens un peu sûrs d'eux vous disent "piquante", et il arrive que des jardiniers plantent des roses dans les jardins, c'est bien qu'une petite chose piquante peut y avoir un intérêt esthétique certain et, donc, potentiellement émouvant.
Mais tout de même, de là à trembloter à l'idée de s'y piquer... Non, ce n'est pas un petit bobo qu'ils redoutent. Ils craignent que par un jour fatal, parfaitement subrepticement, ou bien profitant du couvert d'une nuit sans lune, très sournoisement, vous leur passiez la bague au doigt et la corde au cou. Ils tremblent de tomber dans le piège de vos mains fraîches et douces (toujours soigneusement hydratées), de se laisser prendre à la toile de l'araignée velue en laquelle vous vous transformez immanquablement dès le soleil couché. Car vous êtes une sorcière et vous savez des formules pour mener un homme par le bout du nez jusqu'à l'autel où, après avoir dit "oui", il sera sacrifié, la cage thoracique ouverte grande d'un coup d'athamé savamment effilé (celui qui se transmet dans votre famille de mère en fille depuis cinq siècles au moins) et leur coeur arraché d'un geste vif et professionnel par vos petites menottes rosées et si fraîches.
Si si.
N'est-ce pas.
Les hommes mariés, eux, n'ont rien à craindre de vous. Ils bénéficient d'une protection divine par la grâce du contrat de mariage qui les lie à une âme droite et pure. Ils restent détendus en votre présence, et très merveilleusement décomplexés.
Les célibataires qui vous plaisent de toute évidence (vous savez si mal dissimuler quoi que ce soit) et qui se savent donc menacés, eux, pour la plupart (soyons généreux et ne faisons pas de généralité trop absolue, au cas où) sont dans leurs petits souliers, marchent sur des oeufs, se sentent un peu gênés aux entournures.
Leur avouez-vous ouvertement, en toute sincérité, votre penchant vicieux pour les hommes casés, qu'à la rigueur, s'ils sont vraiment des hommes un peu braves tout de même dans le tréfonds de leur moi profond, à la rigueur, en déduiront qu'ils peuvent passer une nuit avec vous en toute impunité tant qu'ils se débrouillent pour trouver ensuite chaussure à leur pied dans les plus brefs délais, et cela tombe bien, puisqu'une vieille paire de secours traine justement encore dans leur placard. Ainsi, aurez-vous à peine le temps de vous retourner après une douce nuit passée en leur galante compagnie que déjà, on vous annoncera leur mort au célibat. Et vous vous sentirez quelque peu flouée, roulée dans la farine, trahie, eue, faite. Et vous sentirez votre amour-propre et votre fierté choir et disparaitre loin à travers les trous de vos chaussettes (car vous avez une colonie de rats qui loge sous l'évier de votre cuisine et ces adorables petites créatures bouffent tout, mais elles sont votre seul réconfort sur terre alors vous évitez de les manger). Et vous vous sentirez un peu seule. Encore.
Mais finalement, tout cela n'est pas si grave: un célibataire de perdu, un décomplexé de gagné! Alors après quelques jours, vous voilà remise car vous avez l'habitude et puis de toute façon, vous aimez chasser car vous êtes une bête mauvaise assoiffée de sang suave et poivré.
Atchoum.
A vos souhaits.
(bien entendu, ceci est une fiction, n'est-ce pas)
22:24 Publié dans Life, Writing | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.05.2011
Some rhymes
Jeu de plume
Elle est mon encre
Elle tourne mes sangs
Elle ne parle pas
Elle regarde ailleurs
Elle devine à quelques lueurs
Et que s'il lui parle bas
J'en perdrai mes dents
Et mon souffle au parfum acre
Elle est mon encre
Elle tourne mes sangs
En manège elle m'entraine
En errance elle me perd
Nos corps sonnent la guerre
A mes pieds meurt une rengaine
Leurs yeux perdent leur temps
A scintiller, dispersent leur nacre
Jamais roi ne verra son sacre
Jamais loi ne tient le vent
Jamais croix n'absoud la haine
Jamais joie ne remplit son verre
Elevée vers d'autres sphères
Electrisée à s'en cramer les veines
Elle tourne mes sang
Elle est mon encre
Mi-avril 2011
20:20 Publié dans Writing | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, rime
Vision
La chandelle
Une bougie brûle sur la table, dans la pièce enténébrée. Il fait nuit, les volets sont clos.
C'est une salle à manger, c'est une maison vide. Assise à la table, je contemple la bougie qui m'éclaire. Sa flamme vacille parfois un peu et agite les ombres autour de moi. Sur les buffets contre les murs sont posées d'autres bougies, nombreuses, toutes éteintes et froides, inertes. Elles m'ont demandé de ne pas les toucher. En cercle, elles me regardent, fières de leur tête droite et de leur mèche blanche intacte.
La bougie sur la table m'a demandé de l'éclairer. A présent elle brûle, toute nimbée d'une gloire dorée.
La cire lui coule le long des joues, sur tout le corps. C'est une longue bougie à la combustion lente et mesurée. Elle se déforme, part en fumée, me donne sa lumière et je n'y peux rien faire.
Voudrais-je l'éteindre, elle me l'interdirait.
Elle n'aime pas le noir et préfère brûler à mes côtés, en m'éclairant la face, plutôt que de me perdre dans le noir.
14 mai 2011
16:26 Publié dans Writing | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.04.2011
Dialog
Dialogue imaginaire avec un homme imaginaire:
- Bon, tu me soûles avec ton neveu, là...
- Ah oui, c'est vrai, pardon.
- C'est vrai quoi?
- C'est vrai que tu n'aimes pas trop qu'on te rappelle que, toi, tu as renoncé à satisfaire ton désir d'enfants.
- Mon "désir d'enfants"? A t'entendre, on dirait que je refoule une petite pédophilie.
- Ha ha.
- Ca n'a rien à voir. Et comment il ramasse les canettes et les paquets de clopes vides dans la rue pour les mettre à la poubelle et comment à la crèche il est le seul à savoir se moucher et comment il préfère les fruits plutôt que le chocolat et blablabla et comment il est trooop mignon et comment il sait touuut ranger et comment il est une telle petite réussite que tout le monde trouve teeellement adorable. C'est déprimant. Il a un an et demi et moi qui ai trente fois son âge, à t'entendre, je ne lui arrive même pas à la cheville. C'est lui que tu devrais épouser.
- T'es trop aigri. Faut savoir s'émerveiller un peu dans la vie. Dis que tu préfères les chats, si tu veux. Mais au moins, émerveille-toi de quelque chose, de n'importe quoi. Que ce soit la carafe en cristal dans la boutique de l'antiquaire ou les fleurs des marronniers, mais trouve quelque chose.
- Les fleurs des marronniers, ça me donne de l'allergie. Tiens, même le soleil, je suis devenu allérgique. Les pollens, l'air, le soleil, je suis devenu allergique à la vie, à la longue.
- Faudrait qu'on aille tous vivre dans le Jura.
- Pour élever des moutons?
- Nan, plutôt des chèvres et des chevaux. Je préfèrerais. Ca m'émerveille d'avantage, les chèvres et les chevaux, plutôt que les moutons.
- De toute façon, ici ou ailleurs, tu continuerais à me soûler avec ton neveu.
Pourquoi dans le Jura?
- C'est vachement moins pollué. Moins de pollution, ça te rendrait peut-être plus aimable. C'est peut-être la pollution qui te rend aigri, tout gris comme les immeubles.
- Oh! C'est mignon ce que tu dis. Et suffirait que j'aille vivre au milieu des prés pour redevenir tout... tout quoi? Tout vert? Tu veux ma mort?
- Fertile, pour redevenir fertile comme les champs.
- Je fonctionne très bien, merci, je ne suis pas un champ.
- Mais tu n'as pas envie de te reproduire.
- Tu voudrais que je me reproduise? Mes gosses seraient tous aigris, vert de gris à la naissance. Ils se suicideraient avant l'âge de trois ans. Ca serait bien la peine qu'une femme en perde son périnée, tiens.
A t'entendre, c'est une maladie que de refuser de transmettre ses gênes d'inadapté à ce monde de merde. C'est au contraire le meilleur moyen d'y remédier, à ce monde de merde: il est irrécupérable, autant qu'on en finisse avec lui. Et les prés n'en reverdiront que de plus belle, sans humains pour les souiller, n'est-ce pas? Tu devrais être contente pour elles, tes chères vertes prairies.
- T'es comme une rivière polluée, ta capacité à débiter de la crotte est impressionnante... et on est tous comme ça. On est des rivières polluées où la vie se meure. Bah moi je dis qu'il faut dépolluer. Je refuse de baisser les bras. Je veux suivre l'expemple de mon neveu et ramasser les canettes dans la rue, je veux me dépolluer et que la vie refleurisse en moi, à travers moi, parce que c'est plus joli comme ça, et puis c'est tout.
Et puis comme ça, je serai peut-être moins fatiguée, avec moins de canettes dans mes rues...
- Tu deviens vachement logique, là, tout à coup.
- C'est le martini.
- C'est pas toi qui est polluée, c'est pas nous. C'est l'air. Et tu ne peux pas nettoyer l'air avec tes petits bras musclés. Tu peux faire tous les efforts que tu veux pour te secouer et sortir voir des gens et "travailler sur toi" et "lâcher prise" et tout ça, ça ne changera rien à la qualité de l'air. Si tu fais des gosses, t'auras beau être la mère parfaite, ils feront quand même de l'insuffisance respiratoire à cause de toute cette merde ambiante, tes gosses ils seront des poussifs en poussettes avant de devenir des dépressifs tout court. C'est comme ça.
Et si ton neveu va bien pour l'instant, t'inquiète, ça va pas durer longtemps.
- Je m'en fous, je veux des enfants.
- Alors trouve-toi un noir ou un arabe. Il n'y a plus que les noirs et les arabes pour vouloir encore faire des petits français.
- C'est lamentable ce que tu dis.
- Lamentable mais vrai.
- Très exagéré et moche et défaitiste et la-men-table.
- Alors donne-moi les noms des hommes que tu connais qui ont envie d'avoir des enfants, là, maintenant.
- ...
-Et parmi tes "amants", comme tu dit, il y en a combien qui ont envie de devenir père ou de l'être à nouveau?
- ...
- Et tu vois, je parie que si on faisait un petit sondage au près des pères qui passent dans la rue, là, avec leur poussette, si on leur demandait comment ils sont devenus père, ils réponderaient tous quelque chose comme "Oh, ma copine en avait vraiment très envie" ou "oh bah ma meuf a oublié de prendre sa pilule et puis..." ou alors "oh un gosse c'est bon pour les aloc et les titres de séjours". T'auras du mal à en trouver un seul qui voulait vraiment être père de son plein gré. Faut être une femme vraiment très hystérique, de nos jours, pour vouloir avoir des enfants.
- L'instinct c'est pas de l'hystérie. Ou alors la nature est hystérique. Dieu est hystérique. C'est n'importe quoi ton raisonnement.
- Et toi, c'est pire, tu ne raisonnes pas du tout.
Ou plutôt, tu veux que je te dise ce qui te dérange vraiment? C'est justement que tu commences à y rélféchir et toi aussi tu commences à renoncer.
Tu vois de tes propres yeux combien c'est épuisant de s'occuper d'un gosse, comment ça te met les nerfs en charpie de l'entendre pleurer en pleine nuit alors que t'aurais tellement besoin de dormir, combien c'est d'une complexité affolante de lui donner une "bonne" éducation. Et tu vois les divorces, la façon dont les couples séparés sont capables de s'insulter sous le nez de leur gosse, tu vois tout ça et ça commence à te faire réfléchir sérieusement... Parce que t'as pas envie d'en arriver à devoir prendre des anti-dépresseurs pour pouvoir être une mère qui se tient debout dans un monde de travers, un monde tout de travers comme un bateau en train de couler.
11:21 Publié dans Life, Writing | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
31.03.2011
Loneliness
Marcus était fin soul.
Il avait organisé chez lui, pour la Saint-Jean, un grand barbecue convivial. Ses voisins et sa famille se mêlaient à ses amis et à ses potes. Il y avait même son ex-femme, venue avec son “nouveau” mari (elle s’était remariée cinq ans auparavant) et il y avait moi, une de ses anciennes amantes occasionnelles, qui m’acharnais à garder le contact avec lui alors que cela faisait quelques temps déjà que nous ne couchions plus ensemble. Je continuais à passer le voir de temps en temps, je faisais parti de ses “vieilles” copines. La plupart des invités me connaissaient de près ou de loin, je faisais parti du paysage.
Il nous avait tous été demandé d’apporter quelque chose à manger, car Marcus, en cette presque fin de mois, n’avait à peu près rien à offrir d’autre que sa terrasse entourée de champs et de propriétés cossues avec vue sur les montagnes.
Les invités avaient commencé à se montrer vers 17h et n’avaient cessé d’affluer régulièrement, seuls ou en convois, jusque tard après le couché du soleil. Marcus connaissait beaucoup de monde et tout ce monde l’aimait beaucoup.
Sur la terrasse, vers 2h du matin, alors que les charbons du barbecue avaient fini de rougir, les bras croisés sur sa table en plastique, l’échine voutée, Marcus pleurait. Trois ou quatre de ses meilleurs et plus vieux amis s’étaient regroupés autour de lui et, tous plus ou moins aussi bourrés que lui, tentaient de le réconforter de leur mieux. Les autres, sans doute par pudeur et discrétion, se tenaient à l'écart.
C’est que Marcus était triste: aucune femme n’avait jamais voulu de lui bien longtemps.
Assise à l’autre bout de la table avec mon verre de punch presque vide, un peu tassée dans ma chaise, je contemplais, non sans une certaine délectation sadique, ce spectacle édifient.
« Mais si, t’es un mec bien, y a pas photo, c’est toutes des connes... », disait l’un.
« Mais non, pas toutes! J’en aimais, moi, y en avait des bien mais dès qu’elles savent que tu les aimes, elles s’amusent avec toi cinq minutes et après elle passent leur temps à te les briser menu... », balbutiait Marcus.
« L’amour c’est vache, mais faut s’endurcir un peu, faut pas baisser les bras comme ça, mon con! T’es plus solide que tu le crois, demain tu te lèves et tu pars draguer et tu ramènes qui tu veux! », encourageait un autre.
« Mais pourquoi elles veulent pas m’aimer au moins un peu, plus d’un an ou deux, hein? », recommençait à se lamenter Marcus et ainsi de suite.
Un chien courait après sa queue.
Il fallait intervenir, ne serait-ce que par charité... Du moins je n’y tenais plus:
« Mais y a des jours, vaudrait vraiment mieux être sourd plutôt que d’entendre des conneries pareilles! »
Ils tournèrent tous de grands yeux hagards vers moi. Bien entendu, ils n’avaient pas remarqué que quelqu’un les écoutait. L’homme en clan se fait hermétique à la présence féminine.
Je développai:
« Vous vous acharnez à regarder le problème sous un seul angle. Les femmes que Marcus a voulu et qui n’ont pas voulu de lui, le petit chou. Et s’il ne s’était jamais intéressé aux bonnes, ce grand couillon? A vous entendre, jamais aucune femme ne l’a jamais beaucoup aimé. Vous croyez vraiment sérieusement à ces conneries? Lui, le si formidable? Vous croyez sincèrement qu’aucune femme ne l’aime? »
Je marquai une pause et repris, d'une voix plus douce:
« Dis, Marcus, au lieu de pleurnicher, tu voudrais pas plutôt m'épouser?! »
Bien entendu, ils étaient tous sidérés, la bouche pâteuse et la mâchoire pendante, tous leurs estomacs probablement au bord de verser. Ce n'était pas une raison pour les épargner:
« C’est qu’il en faut, une bonne dose d’amour, pour demander quelqu’un en mariage, vous le reconnaitrez probablement tous volontiers, n’est-ce pas?!
Et pourtant, tout ce que j’obtiens comme réponse, c’est un grand silence.
Voilà, je viens de vous démontrer qu’il existe bien des femmes qui aiment Marcus, enfin il en reste encore au moins une, mais Marcus n’en a rien à branler. »
A présent, plus personne ne parlait alentours. Il restait quelque fêtards pour rigoler au fond du jardin mais à bonne distance, parce qu’il ne m’avaient pas entendue. Tous les autres observaient la scène d’un air atterré.
« Quoi? J’ai jeté un froid? », lançai-je innocemment.
« Oh la la! Jeter un froid en parlant des feux de l’amour! Y a bien que moi pour réussir des prouesses pareilles! Je suis trop douée! », conclus-je, goguenarde, cherchant réellement désespérément à relancer l’ambiance de la soirée.
« Quelqu’un veut un peu de punch? », demandai-je à la ronde en me levant avec un grand sourire aussi crispé que radieux.
Mais personne ne me répondit, des regards se baissèrent, se détournèrent après avoir croisé le mien.
Je m’en allai remplir mon verre à la cuisine, l’égo mortifié mais le cœur fier et quand je revins sur la terrasse, les conversations avaient toutes repris, l’air de rien, à voix basses.
17:13 Publié dans Writing | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : love chronicle, fuck chronicle, chronique d'un amour ordinaire, barbecue, grillade
